Des mérites d’une cure de NaNoWriMo

Né en l'an 2000 aux États-Unis, le NaNoWriMo - prononcez "nanorimo", pour National Novel Writing Month ou mois national de l'écriture de roman - est aujourd'hui un événement mondial. Malgré sa popularité, il reçoit un accueil suspicieux, voire glacial, dans les milieux littéraires français.

Crédit image : Elsa Jousseau (NaNoWriMo 2016)

crédit image : Elsa Jousseau (NaNoWriMo 2016)

Le défi un peu fou que vous propose de relever le NaNoWriMo est le suivant : écrire au cours du seul mois de Novembre un roman de pas moins de 50 000 mots. Absurde, à première vue. Et pourtant, au delà de la performance chiffrée, cet exercice d'écriture a bien des mérites.

La motivation

L'un des immenses avantages de ce défi est de déjouer le caractère solitaire de l'écriture et de fournir des outils de motivation. Il ne faut pas se mentir, même lorsque l'on a accompli l'exploit plusieurs fois et à moins d'avoir des soutiens quotidiens, écrire un roman n'est qu'une longue traversée du désert. Il y a mille tentations d'abandonner : intrigue bancale, panne d'inspiration, manque de satisfaction immédiate...

En se concentrant sur le nombre de mots, on acquiert facilement des éléments de satisfaction. Le site du NaNoWriMo français propose ainsi d'entrer chaque jour le nombre de mots écrits. On voit son graphique personnel monter et on obtient des médailles en fonction des seuils franchis. C'est sans doute idiot, mais ces petites récompenses virtuelles sont aussi satisfaisantes que celles de Candy Crush ou de n'importe quel jeu vidéo. Le site propose également de suivre d'autres participant-e-s et de constater au passage que ces autres aussi ont des jours avec et des jours sans.

La désinhibition

Le NaNoWriMo nous oblige en outre à faire taire ces petites voix qui dénigrent tout et nous inhibent. Pas le temps de remettre en question un plan ou un morceau de dialogue quand il faut écrire 1700 mots par jour et continuer à vivre sa vie par ailleurs. Ici, on vise d'abord la quantité et pour cela on fonce tête baissée. Cet exercice permet donc d'entériner par la pratique cette idée qu'aucun premier jet n'a vocation à être parfait.

Cette désinhibition est alimentée par un deuxième facteur : l'anonymat. Noyé-e dans une foule d'autres participants, on n'en est pas moins baigné-e dans l'ambiance studieuse d'une bibliothèque mondiale. Libre aux participant-e-s de communiquer bien sûr, d'échanger voire de publier en temps réel, mais la plupart a bien assez à faire de son propre texte pour lire par dessus votre épaule et critiquer votre travail. De même qu'on se sent plus fort-e dans une foule de semblables, l'expérience du NaNoWriMo et son cortège de manifestations et de hashtags peut s'apparenter à une affirmation de sa pratique de l'écriture, très souvent confidentielle.

La mise en place d'une habitude

Mérite suivant et pas des moindres, le NaNoWriMo met en place une habitude, une pratique quotidienne, une certaine quantité de temps, passée à travailler à un bureau, l'esprit entièrement occupé à un seul projet. Cette dimension peut sembler très prosaïque mais elle n'en est pas moins importante. À l'instar de toutes les autres pratiques artistiques et contrairement à certaines idées reçues très françaises, l'écriture aussi passe par une pratique répétée, manquant de panache et parfois ingrate. On accepte aisément l'idée qu'il faut faire des gammes ou des exercices à la barre pour atteindre la virtuosité, il en va de même pour l'écriture.

Un tien qui vaut mieux que deux tu l'auras

Quand bien même on ne parvient pas à tenir le rythme - et en vérité bien rares sont ceux qui parviennent à le tenir - on ressort toujours du NaNoWriMo avec un peu plus de matériau écrit qu'avant de le commencer. Dès le premier jour, votre texte est déjà un peu plus qu'une idée qui vous trotte dans la tête ; à la fin du mois, vous avez inévitablement quelque chose sur lequel travailler. Qu'il s'agisse de finir le premier jet ou de l'éditer, vous serez toujours plus avancé-e dans votre projet.

Un rendez-vous avec soi

Encore une fois, écrire est une activité difficile et parfois ingrate, il existe des milliers d'excuses pour ne pas écrire ou pour abandonner un projet. Heureusement, chaque année, janvier revient avec ses bonnes résolutions et novembre avec son NaNoWriMo. Chaque année revient ainsi l'opportunité de mettre enfin en chantier une idée longuement mûrie ou de remettre sur le métier le texte inachevé l'année précédente.

En résumé

Même s'il est évident qu'on écrira pas un chef d'oeuvre en trente jours, le NaNoWriMo reste une excellente occasion, festive et conviviale, de se lancer dans l'écriture d'un roman ou de reprendre un texte laissé en souffrance. Semblable à un marathon dénué de compétition, il est un excellent exercice d'endurance, d'humilité, de bienveillance envers son travail et de motivation, autant de ressources nécessaires à l'écriture, en particulier celle du roman. Mais comme en art, rien ne sert de philosopher sans pratiquer, trêve de lecture et place à la pratique 🙂

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